Risque veineux et Cisplatine

Le Risque de Maladie Thromboembolique veineuse chez les patients avec Cancer traités par la Cisplatine

Le cisplatine (CDDP) apparaît dans cette étude plus thrombogène que les autres molécules de chimiothérapie notamment les autres les de platine. L’incidence globale de MTEV avec CDDP est cependant basse de l’ordre de 2%, étant plus importante avec les fortes dose de CDDP (> 30 mg/m2), les cancers de l’estomac, du pancréas et du poumon.

 Analyse de l’article :Risk of Venous Thromboembolism in Patients With Cancer Treated With Cisplatin: A Systematic Review and Meta-Analysis.

Sonia Seng, Ziyue Liu, Sophia K. Chiu, Tracy Proverbs-Singh, Guru Sonpavde, Toni K. Choueiri, Che-Kai Tsao, Menggang Yu, Noah M. Hahn, William K. Oh, and Matthew D. Galsk.

J Clin Oncol 2012 ;30:4416-4426.

 

Rationnel :

La chimiothérapie augmente le risque de MTEV chez le patient cancéreux. Le cisplatine (CDDP) était avant cette méta analyse réputé donné un taux un peu plus haut de MTEV avec une incidence pouvant aller jusqu’à 18% dans certaine études et une fréquence semblant moindre que les autres sels de platine.

Le but de cette méta analyse est donc d’analyse le potentiel thrombogène du CDDP.

 

Méthodes :

Méta analyse des articles parus entre le 01/01/1990 et le 31/12/2010.

Critère inclusions : études phase II ou III testant deux protocoles de CT avec et sans CDDP et rapportant des données sur la MTEV.

Critères de jugement : taux de MTEV = EP + TVP + inclassé et taux d’effets secondaires en grade WHO.

Analyse statistique : non faite sur données individuelles, exprimée en RR avec analyse de l’hétérogénéité des études.

 

Résultats :

38 études incluses :

– 19 phase II et 19 phase III, aucune contre placebo ou double aveugle

– 3 études de CT péri opératoire, 35 en situation avancée ou métastatique

– 14 études avec comme comparateur un autre sel de platine, 24 avec une autre molécule

– 8216 patients, cisplatine n = 4154; contrôles n = 4062

– 15 études avec des CBNPC, 8 Kc oeso gastrique, 3 Kc pancréas, 3 CPC

 

Taux de MTEV :

– hétérogène de 0 à 17%

– 13 études sans aucun ETV

– 120/4154 soit 1,92% pts CDDP+ vs. 68/4062 soit 0,79% pts CDDP- soit RR = 1,67 (IC95% = 1,25 – 2,23) p = 0,01

 

Autres facteurs pris en compte :

– taux de MTEV plus importants avec les fortes dose de CDDP (30 mg/m2 vs. 20-30 mg/m2 vs. 10-20 mg/m2) RR = 2,71; 95% CI, 1,17 – 6,30

– le CDDP est plus thrombogène que les autres sels de platine (RR =1,96 ; 95%CI, 1.38 – 2.78; p =0.01) mais autant que les protocole sans sel de platine (RR = 1.22; 95% CI, 0,74 – 2.00; p = 0,43)

– taux de MTEV plus important avec les Kc gastriques (4,84%; 95% CI, 1,61% – 8,06%), puis pancréatiques (2,10%; 95% CI, 0% – 4,51%) et bronchiques (1,36%; 95% CI, 0.85% -3,64%)

– l’incidence augmente avec le temps de 1990 à 1999 (0.69% ; 95% CI, 0.15% – 1.23%) vs. 2000 à 2010 (2,67% ; 95% CI, 1,40% – 3,95%) RR = 1.30 (95% CI, 0,53 – 3,20 ; p NS)

 

Discussion :

 

Le taux de MTEV est donc bien plus important avec le CDDP qu’avec les autres chimiothérapies. Le taux reste quand même bien en dessous des chiffres avancés avant, c’est à dire de l’ordre de 2% alors que les données antérieures se situaient toujours entre 5 et 10%. Il y a probablement sans doute une sous estimation de l’incidence réelle car les études incluses dans la méta analyse ne sont pas ciblées sur la MTEV. Les auteurs notent d’ailleurs bien que 13 études ne comportent aucune MTEV et que la seule étude ayant comme critère de jugement la MTEV est celle où le plus grand nombre d’ETV est noté. Certaines études remontent aux années 1990 c’est à dire à une époque où la MTEV n’était guère prise en compte. Cette dernière donnée explique peut être en partie l’augmentation d’incidence constatée sur les deux décennies successives qui avait déjà été notée par Khorana sur des études spécifiques de la MTEV. La dernière limitation est les critères d’inclusion des études de phase II et III qui éliminent les patients les plus à risque de MTEV.

La dose de CDDP influence le taux de MTEV mais cela n’est pas linéaire, ceci s’explique peut être par les biais signalés plus haut.

Les tumeurs les plus thrombogènes restent l’estomac, le pancréas et le poumon mais le pancréas n’arrive pas en tête de liste en raison des petits effectifs.

Malgré les limites, cette méta analyse confirme donc le rôle thrombogène du CDDP. Elle ajoute donc un facteur de risque supplémentaire à la liste en cours d’établissement mais ne précise pas son poids réel faute d’analyse multi variée et de prise en compte des autres facteurs de risque classique de MTEV. Dans ces conditions il est donc prématuré de suggérer comme les auteurs de réaliser des études de prévention primaire de MTEV chez les patients traités par CDDP ; le taux semblant sur ces données bas et le poids du platine peut être pas prépondérant.