Coût des soins de santé aux US d’une MTEV associée à un cancer à haut risque traité par chimiotherapie

La survenue d’une thrombose veineuse entraîne un surcout de 30000 $ chez les patients  cancéreux. Cette augmentation des dépenses de santé est en fait essentiellement liée à des causes différentes de la MTEV. Le surcoût est variable d’un cancer à l’autre, le pancréas étant le plus gros pourvoyeur de dépenses.

Rationnel :

Jusqu’à présent seul était disponible l’étude de Elting de 2004 sur le coût de la MTEV au cours du cancer.  Un ETV était chiffré à 20 000 $ canadien de 2002. Ces données étaient issues d’une étude mais aucune donnée issue de la pratique courante n’est disponible.

But :

Evaluer le coût de la MTEV dans la vie courante en prenant le point de vue du payeur aux USA en se basant sur les six cancers solides les plus fréquents.

Matériel et méthodes :

Etude rétrospective entre janvier 2004 et décembre 2009 des bases de données de remboursement de 90 organismes de remboursement de soins des USA soit une population de 58 millions d’habitants. Ceci regroupe les soins ambulatoires et hospitaliers.

Sont inclus  les patients de plus de 18 ans avec les cancers suivants : poumon, sein, colon, vessie, estomac, ovaire, pancréas et traités par chimiothérapie.

Sélection des patients avec ETV dans les 12 mois suivant le début de la chimiothérapie.

Résultats :

63 453 patients avec cancer. 9352 patients inclus, 912 avec ETV et 2736 sujets contrôles.

Les populations avec ETV et témoin sont bien équilibrées pour les cancers et les co-morbidités susceptibles de générer des coûts.

Si ETV en données brutes :

– nombre hospitalisation x 3 (1,38  vs. 0,55)

– durée hospitalisation x 3 (10 ;19 vs. 3,37)

– coût hospitalier X 3 ( 21229 $ vs. 7469 $)

– coûts ambulatoires x 1,5 (53760 $ vs. 34232 $)

– coût total x 2 (79247 $ vs. 41691 $)

– coût seul de la TVP = 6654 $ et EP = 10753 $, coût moyen ETV = 9247 $

Après ajustement sur les autres données démographiques et comorbidités :

– surcoût global de 30358 $ dont 9202 liés à l’ETV

– surcoût global variable selon les cancers, du minimum de 11946 $ pour l’estomac à 38983 $ pour le pancréas.

Discussion :

Les limites sont celles d’un travail rétrospectif et la non prise en compte de l’ensemble de cancers ce qui ne donnent qu’une vue partielle. Le cancer du sein n’est certes pas les plus thrombogène comme cela est rappelé dans le papier mais en nombre absolu de MTEV il se classe toujours dans les trois plus gros pourvoyeurs. Son absence est donc un défaut si on se place dans une optique économique ceci d’autant plus que les coûts varient d’une néoplasie à l’autre. Il est étonnant que sur 5 ans et une population de 58 millions de patients suls 912 cas avec ETV soient trouvés ce qui pose le problème de l’exhaustivité. La dernière limite est le mode de remboursement des USA qui amène souvent à prescrire une molécule plutôt qu’une autre (ici il est possible de penser que les AVK ont été utilisés à la place des HBPM par exemple).

Ces quelques remarques faites, les données sont intéressantes car les deuxième sur le sujet et car le travail couvre globalement un quart de la population états-unienne et comporte une cohorte de presque mille patients pour avoir une vue assez proche de ce qui doit se passer aux USA. Le surcoût est important (30000 $) mais n’est pas pour la majeure partie liée à la MTEV avec des hospitalisations plus fréquentes en cas de MTEV et des dépenses accrues pour d’autres causes que thrombotiques. Il est possible toutefois que la MTEV soit le marqueur d’une maladie différente plus agressive comme cela est bien attesté par des survies plus courtes à stade et traitements égaux.

Faute de données spécifiques, il est pour le moment impossible de savoir si ces données sont applicables à l’Europe. La plus grosse base de données de remboursement en Europe est celle de l’assurance maladie mais qui pour le moment ne donne lieu qu’à des publications institutionnelles, les données n’étant pas accessibles au public. Il serait pourtant facile de trouver quelques milliers de patients cancéreux avec MTEV et des les apparier comme dans ce travail.

La question qui reste en suspens reste de savoir si une prévention de la MTEV pourrait être bénéfique au plan économique (et au plan médical sur la survie globale). Le pancréas est là un bon candidat car c’est dans cette situation que la prévention primaire hors chirurgie est la plus efficace sur le taux d’ETV mais aussi dans cette étude au plan économique.