Incidence, risk factors and outcomes of venous and arterial thromboembolism in immune checkpoint inhibitor therapy

Date: 16 Octobre 2020

Titre: Incidence, risk factors and outcomes of venous and arterial thromboembolism in immune checkpoint inhibitor therapy.

Source URL: doi: 10.1182/blood.2020007878.

Mots-clés: Immunothérapie; Maladie thromboembolique veineuse; Cancer

Auteurs: Moik F, Chan WE, Wiedemann S, Hoeller C, Tuchmann F, Aretin MB, Fuereder T, Zöchbauer-Müller S, Preusser M, Pabinger I, Ay C.

Rédacteur: Dr Corinne FRERE

Au cours des dernières années, l’immunothérapie antitumorale a révolutionné la prise en charge de certains cancers. Les molécules d’immunothérapie présentent des toxicités radicalement différentes de la chimiothérapie conventionnelle, de la radiothérapie ou des thérapies ciblées. Ces médicaments ont obtenu des autorisations de mise sur le marché (AMM) en monothérapie pour le traitement de certains cancers dont le mélanome, le cancer du poumon non à petites cellules, et le cancer du rein.

Les risques de survenue d’épisode de maladie thromboembolique veineuse (MTEV) et de thrombose artérielle (TA) associés à l’utilisation des inhibiteurs des checkpoints immunitaires sont à ce jour peu documentés. L’objectif de cette étude publiée « Epub ahead of print » dans Blood était d’évaluer les risques de survenue de MTEV et de TA dans une cohorte de patients traités par inhibiteurs des checkpoints immunitaires, ainsi que les facteurs de risque associés, dans ce contexte, à la survenue de MTEV et de TA et l’impact sur la mortalité.

Tous les patients atteints de cancer traités par inhibiteurs des checkpoints immunitaires (nivolumab, pembrolizumab, ipilimumab, ipilimumab + nivolumab, atezolizumab, et avelumab) suivis à l’Université de médecine de Vienne entre 2015 à 2018 ont été identifiés via les dossiers de la pharmacie hospitalière (n=672; âge moyen=64 ans ; 30,4% de mélanome ; 24,1% de cancer du poumon non à petites cellules; 11,0% de cancer du rein ; 86 % maladie de stade IV). Les données ont été collectées de façon rétrospective. Les incidences cumulées et les différences entre les groupes ont été analysées à l’aide d’un modèle de risque concurrent. Un modèle multi-états a été utilisé pour évaluer l’impact de la MTEV et de la TA sur la mortalité. Sur un suivi médian de 8,5 mois, 47 épisodes de MTEV (18 embolies pulmonaires, 17 thromboses veineuses profondes, 4 thromboses de cathéter, 5 thromboses viscérales, 3 cas d’évènements combinés) et 9 épisodes de TA (4 syndromes coronaires aigus, 3 accidents vasculaires cérébraux,  2 ischémies aiguës des membres) ont été observés. La médiane de survenue d’un épisode de MTEV a été de 4,2 mois. Les incidences cumulées de MTEV et TA ont été de 12,9% [intervalle de confiance (IC) à 95%: 8,2-18,5)] et de 1,8% [IC à 95%: 0,7-3,6], respectivement. La survenue d’un épisode de MTEV était associée à une mortalité accrue (rapport de risque de transition (THR): 3,09 [IC à 95%: 2,07-4,60]). La médiane de survie a été de 11,6 mois dans le groupe MTEV versus 25,5 mois dans le groupe sans MTEV (p<0.001). La présence d’antécédents de MTEV était significativement associée au risque de survenue de MTEV (rapport de risque de sous-distribution (SHR): 3,69 [2,00-6,81]), mais pas la présence de métastases (SHR: 1,71 [IC à 95%: 0,62-4,73]). Aucune association n’a été observée entre la survenue d’un épisode de MTEV, le statut ECOG, l’indice de comorbidité de Charlson ou le score de Khorana. Les taux de MTEV ont été comparables entre les différents sous-groupes de cancers et les sous-groupes d’anti-checkpoints.

Cette étude rétrospective de large effectif est la première à avoir évalué le risque de survenue de MTEV associé à l’utilisation des inhibiteurs des checkpoints immunitaires. Elle suggère que les patients traités par immunothérapie antitumorale ont un risque élevé de complications thrombotiques, et que la survenue d’un épisode de MTEV sous traitement par inhibiteurs des checkpoints immunitaires est associée à une survie diminuée, indépendamment du stade du cancer.