ONKOTEV Score as a Predictive Tool for Thromboembolic Events in Pancreatic Cancer—A Retrospective Analysis

Date: 1er Janvier 2020

Titre : ONKOTEV Score as a Predictive Tool for Thromboembolic Events in Pancreatic Cancer—A Retrospective Analysis.

Source URL: doi: 10.1634/theoncologist.2019-0510.

Mots clés: Maladie Thromboembolique Veineuse – Cancer du pancréas – Score prédictif

Auteurs: Joao GODINHO, Mafalda CASA-NOVA, Joao MOREIRA-PINTO, Pedro SIMÕES, Francisco PARALTA BRANCO, Luisa LEAL-COSTA, Ana FARIA, Fabio LOPES, José ALBERTO TEIXEIRA, José LUÍS PASSOS-COELHO.

Rédacteur: Dr Benjamin CRICHI

Introduction :

Le cancer du pancréas (CP) est la néoplasie la plus fréquemment associée à la survenue d’une maladie thromboembolique veineuse (MTEV). Chez les patients avec cancer, la prophylaxie de la MTEV est indiquée en milieu médical tant que le patient est hospitalisé et en milieu chirurgical, où elle doit être débutée avant l’intervention (2 à 12h) et être prolongée un mois après une laparotomie ou une laparoscopie. Chez les patients avec CP, localement avancé ou métastatique, recevant une chimiothérapie ambulatoire et ayant un faible risque hémorragique, la prophylaxie de la MTEV par Héparine de Bas Poids Moléculaire (HBPM) est recommandée avec un niveau de preuve Grade 1B depuis 2013 (1) (2) (3) ou par AOD (Rivaroxaban ou Apixaban) en l’absence de saignement actif et en l’absence de risque hémorragique élevé, avec le même niveau de preuve (1B) depuis 2019 selon les recommandations internationales de l’ITAC (3). Bien que recommandée avec un niveau d’évidence élevé depuis de nombreuses années, la thromboprophylaxie de la MTEV chez les patients avec CP est insuffisamment prescrite en pratique clinique courante. Dans ce contexte, l’utilisation des différents scores prédictifs de survenue de MTEV disponibles jusqu’alors pourrait aussi guider la pratique clinique.

Parmi ces scores, le score de Khorana est le score prédictif de survenue de MTEV au cours du cancer le plus utilisé dans la littérature et en pratique clinique jusqu’alors. Il est basé sur le site anatomique du cancer, l’indice de masse corporelle (IMC) du patient et trois paramètres biologiques : le taux de plaquettes, de leucocytes et d’hémoglobine avant l’administration de la chimiothérapie et permet de définir 3 niveaux de risque de survenue de MTEV chez un patient avec cancer en chimiothérapie ambulatoire : faible (score=0) (0,5 %), intermédiaire (score=1 ou 2) (2%) et élevé (score ≥ 3) (7%) (4).

Le score ONKOTEV, développé à partir de données de 843 patients atteints de cancer (5), est un autre score prédictif de survenue de MTEV chez les patients avec cancer traités par chimiothérapie ambulatoire. Il est basé sur 4 facteurs de risque : un score de Khorana >2, le stade métastatique du cancer, l’existence d’une compression vasculaire/lymphatique et l’existence d’un antécédent de MTEV.

Ces deux scores sont détaillés ci-dessous :

Score de Khorana :

Variable Points
Cancer du pancréas ou de l’estomac 2
Cancer du poumon, de vessie, testiculaire, de la sphère gynécologique ou lymphome 1
Plaquettes > 350 000 /mm3 1
Taux d’hémoglobine < 10 g/dL 1
Leucocytes > 11 000 /mm3 1
Indice de masse corporel > 35 kg/m2 1

D’après Khorana AA et al. Blood. 2008; 111: 4902.

Score de Khorana Risque de MTEV
0 0,5%
1 ou 2 2%
≥ 3 7%

D’après Khorana AA et al. Blood. 2008; 111: 4902.

Score ONKOTEV :

Variables Point
Score de Khorana > 2 1
Stade métastatique 1
Antécédent de MTEV 1
Compression vasculaire/lymphatique macroscopique 1

D’après Cella CA et al. The Oncologist. 2017;22:601–608.

Score ONKOTEV Risque de MTEV à 12 mois
0 3.7%
1 9.7%
2 19.4%
≥ 2 33.9%

D’après Cella CA et al. The Oncologist. 2017;22:601–608.

L’objectif de cette étude observationnelle rétrospective était d’évaluer la valeur prédictive du score ONKOTEV chez des patients atteints de CP.

Matériels & Méthodes :

Les données ont été collectées rétrospectivement à partir des dossiers médicaux : Performans Status, antécédent de MTEV, Indice de Masse corporelle (IMC) date du diagnostic et stade du CP, présence d’une compression vasculaire ou lymphatique par la tumeur objectivée sur une imagerie, patient ayant reçu un traitement chirurgical ou une chimiothérapie ; taux de plaquettes, et de neutrophiles ; les caractéristiques de la MTEV telles que la date de diagnostic, sa localisation (embolie pulmonaire (EP), thrombose veineuse profonde des membres inférieurs (TVP), thrombose de la veine splénique, thrombose de la veine porte ou thrombose d’autres veines abdominales) son traitement et son caractère symptomatique ou asymptomatique. Le calcul du score ONKOTEV est rétrospectif. 

Résultats :

Parmi les 165 patients (âge médian de 73 ans, 45% de femmes) avec CP  (61% localisés au niveau de la tête du pancréas) inclus entre Février 2012 et Mai 2017, 56% étaient au stade métastatique d’emblée. Les métastases étaient plus fréquemment hépatiques (79.8%), péritonéales (40.4%) et pulmonaires (20.2%). Le traitement reposait sur la chirurgie dans 24% des cas et sur la chimiothérapie dans 66% des cas.

Le score de risque de MTEV ONKOTEV a été calculé à 0 chez 18% des patients avec CP, intermédiaire  à 1 chez 38%  et à 2 chez 33% soit au total chez 71% des patients avec CP, et  élevé  ≥ 3 chez 10% des patients avec CP.

Après une médiane de suivi de 6 mois, une MTEV fut diagnostiquée chez 30.9% des patients : 23.5% d’EP, 25.5% de TVP et 51% de thromboses de la veine splénique, de la veine porte ou d’autres veines intra-abdominales. La MTEV était  symptomatique dans 51% des cas et fatale chez un patient.

L’incidence cumulée de MTEV était surtout augmentée en cas de score ONKOTEV à 2 (50.9%) et ≥ 3 (82.4%). En analyse univariée des données, un score ONKOTEV ≥ 2, une invasion/compression vasculaire et un stade métastatique étaient les facteurs prédictifs significativement associés à une MTEV dans ce contexte. Il n’y a pas eu d’analyse multivariée des données.

Discussion :

L’augmentation des traitements antinéoplasiques ambulatoires chez les patients avec cancer souligne l’importance de savoir identifier les patients pouvant bénéficier de la thromboprophylaxie de la MTEV par l’utilisation adaptée de score prédictifs validés. Malgré les biais significatifs de cette étude liés essentiellement à son caractère monocentrique et rétrospectif, les résultats permettent de s’intéresser, dans le contexte du CP, à la valeur supplémentaire potentielle du score ONKOTEV par rapport à au score de Khorana, tout en notant que le score ONKOTEV est lui-même dérivé  du score de Khorana et peut donc  présenter les mêmes limites de  prédiction de MTEV.

Conclusion :

Au total, l’utilisation du score ONKOTEV permettrait de stratifier le risque de MTEV chez les patients atteints de cancer du pancréas et d’identifier chez les patients traités par chimiothérapie ambulatoire ceux éligibles à une thromboprophylaxie en cas de score ONKOTEV ≥ 2 et en absence de risque hémorragique majeur. Une validation prospective de ce score est nécessaire pour étayer cette hypothèse.

Bibliographie:

(1) Debourdeau P, Farge D, Beckers M et al. Internationalclinical practice guidelines for the treatment and prophylaxis of thrombosis associated with central venous catheters in patients with cancer. J Thromb Haemost 2013; 11: 71–80.

(2) Farge D, Bounameaux H, Brenner B, Cajfinger F, Debourdeau P, Khorana AA, Pabinger I, Solymoss S, Douketis J, Kakkar AInternational clinical practice guidelines including guidance for direct oral anticoagulants in the treatment and prophylaxis of venous thromboembolism in patients with cancer. Lancet Oncol. 2016 Oct;17(10):e452-e466.

(3) Farge D, Frere C, Connors JM et al. 2019 International Clinical Practice Guidelines (ITAC-CPGs) for the Treatment and Prophylaxis of Venous Thromboembolism in Patients with Cancer. Lancet Oncol. 2019 Oct;20(10):e566-e581.

(4) Khorana AA, Kuderer NM, Culakova E, Lyman GH, Francis CW. Development and validation of a predictive model for chemotherapy-associated thrombosis. Blood 2008;111:4902-7.

(5) Cella CA, Di Minno G, Carlomagno C et al. Preventing venous thromboembolism in ambulatory cancer patients: The ONKOTEV study. The Oncologist 2017;22:601–608.