Variation in the Association between Antineoplastic Therapies and Venous Thromboembolism in Patients with Active Cancer

Date: 1er Octobre 2020

Titre: Variation in the Association between Antineoplastic Therapies and Venous Thromboembolism in Patients with Active Cancer

Source URL: https://doi.org/10.1055/s-0040-1709527.

Mots-clés: Cancer ; Maladie thromboembolique veineuse ; Traitements anticancéreux ; Risque relatif.

Auteurs: Giustozzi M, Curcio A, Weijs B, Field TS, Sudikas S, Katholing A, Wallenhorst C, Weitz JI, Martinez C, Cohen AT.

Rédacteur: Dr Benjamin CRICHI

Introduction :

Le risque de maladie thromboembolique veineuse (MTEV) chez les patients atteints de cancer varie en fonction des caractéristiques du cancer (site anatomique, stade, type histologique), des caractéristiques du patient (origine ethnique, âge, obésité, tabagisme, antécédent de MTEV) et du traitement anticancéreux (chirurgie, chimiothérapie, immunothérapie, radiothérapie, thérapies ciblées) (1). Il est démontré que le risque de MTEV est significativement augmenté dans les 3 premiers mois suivant le diagnostic de cancer, notamment suite à l’introduction de traitements antinéoplasiques (2). Cependant, le risque relatif de survenue de MTEV en fonction des différents types de traitements n’est à ce jour pas clairement établi.

L’objectif de cette étude était d’évaluer l’association entre le risque de survenue de MTEV dans les 180 jours suivant le diagnostic de cancer ou l’introduction d’un traitement pour cancer actif, et les différents traitements anticancéreux.

Matériels et méthodes :

Il s’agit d’une étude de cohorte historique observationnelle menée entre Avril 2008 et Mars 2016 ayant inclus tous les patients suivis pour un cancer actif dans les 180 jours précédant l’inclusion. Un cancer actif était défini par : un cancer nouvellement diagnostiqué et/ou un codage mentionnant le terme « pathologie néoplasique » et/ou une hospitalisation pour introduction d’un traitement anticancéreux spécifique. Les données ont été extraites de 3 bases de données nationales anglaises de patients suivis de manière ambulatoire et/ou hospitalière pendant au moins 1 an (la Clinical Practice Research Datalink, l’English Hospital Episodes Statistics et l’Office for National Statistics). Les patients étaient inclus et suivis jusqu’à la survenue d’une MTEV ou d’un épisode de fibrillation atriale ou d’un syndrome post-thrombotique ou d’une prise d’anticoagulant oral ou parentéral, d’un transfert de dossier médical ou jusqu’au décès. La MTEV était définie par la survenue d’une thrombose veineuse profonde et/ou d’une embolie pulmonaire à l’exclusion des thromboses veineuses cérébrales et du réseau splanchnique par : 1) un codage en médecine de ville ou en hospitalisation en rapport avec un diagnostic de MTEV et introduction d’une anticoagulation ou 2) un codage correspondant à une MTEV fatale sur les certificats de décès des patients inclus.

Résultats :

Au total, 67 801 patients ont été inclus dans l’étude (50.4% de femmes, âge moyen 65 ans). Les néoplasies les plus fréquentes étaient de localisation mammaire (19.4%), prostatique (14.5%) et colique (11%). L’incidence cumulée de mortalité la plus élevée durant les 180 premiers jours du suivi concernait les néoplasies pancréatiques (18.7%), pulmonaires (15.8%) et gastriques (11.4%). Pendant une durée moyenne d’observation de 14 mois, une MTEV est survenue chez 2.2% des patients, dont 75% au décours d’une hospitalisation. Le taux de mortalité liée à la MTEV a été de 7.5%. Les cancers les plus associés à la survenue de MTEV étaient le cancer du pancréas, les tumeurs cérébrales et les cancers au stade métastatique.

Près de 72% des patients ayant une MTEV recevaient un traitement antinéoplasique, dont une chimiothérapie dans 71% des cas, une chirurgie dans 37% des cas, une hormonothérapie dans 17% des cas, une radiothérapie dans 17% des cas, une immunothérapie dans 1,4% des cas.

La chimiothérapie seule et la chimiothérapie en association avec d’autres traitements anticancéreux étaient associées à la survenue d’une MTEV (Subhazard Ratio (SHR) ajustés respectifs 3.17 [IC à 95% 2.76-3.65] et 2.48 [IC à 95% 2.76-3.65]). La radiothérapie seule ou l’hormonothérapie seule chez les patients traités pour un cancer du sein ou un cancer de la prostate n’étaient pas associées à une augmentation du risque de MTEV (SHR ajustés respectifs 0.91 [IC à 95% 0.65-1.27], 1.17 [IC à 95% 0.71-1.94] et 0.82 [IC à 95% 0.48-1.38]). Le risque de MTEV était significativement augmenté dans les premiers mois de traitement d’un cancer actif par chimiothérapie et radiothérapie.  

Discussion :

Dans cette étude, qui a inclus des patients suivis en ambulatoire ou en intra-hospitalier, l’incidence de la MTEV était différente selon la localisation du cancer (pancréas, gastrique, tumeurs cérébrales) et le stade (métastatique) ; ces résultats sont concordants avec ceux de la méta-analyse de Horsted et collègues (3), même si l’incidence de la MTEV a été globalement plus faible.

Cette étude confirme que le risque de MTEV est significativement augmenté dans les premiers mois suivant le diagnostic de cancer comme l’avait montré Blom et collègues (2), et qu’il augmente lors de l’introduction des chimiothérapies. Cette élévation de risque de MTEV est aussi expliquée par l’augmentation du nombre de décès chez les patients à haut risque de MTEV dans les premiers mois du diagnostic de cancer.

Après ajustement, la chimiothérapie en association ou non avec d’autres traitements anticancéreux augmente significativement le risque de MTEV chez les patients atteints de cancer, comme précédemment démontré par Heit et collègues (4).

Dans cette étude, l’absence d’augmentation significative du risque de MTEV chez les patients atteints de cancer du sein ou de prostate sous hormonothérapie peut s’expliquer par un faible taux de MTEV chez les patients suivis pour ces cancers malgré leur prévalence importante. Le faible taux de patients sous immunothérapie pourrait expliquer la difficulté à évaluer le risque de survenue de MTEV associé à ce type de traitement.

On note l’absence de données concernant le stade et l’histologie des cancers actifs qui sont des facteurs impactant la survenue d’une MTEV, et l’absence de précision sur le caractère symptomatique ou non de la MTEV. De même, il n’y a pas de détails sur la prescription chez certains patients d’une thromboprophylaxie en milieu médical ou chirurgical. Enfin, les différentes molécules introduites ne sont pas précisées afin de déterminer celles qui sont le plus à risque de survenue de MTEV.

Conclusion :

La chimiothérapie est le plus fréquent des traitements médicamenteux associés à la survenue de MTEV chez le patient atteint de cancer. Certains patients identifiés et traités de manière ambulatoire doivent pouvoir bénéficier d’une thromboprophylaxie primaire, selon les recommandations internationales ITAC 2019 (5). D’autres études sont nécessaires pour préciser le risque de survenue de MTEV chez les patients sous immunothérapie.

Bibliographie:

(1) Mahajan A, Brunson A, White R, Wun T. The Epidemiology of Cancer-Associated Venous Thromboembolism: An Update. Semin Thromb Hemost. 2019;45(4):321-325. doi:10.1055/s-0039-1688494

(2) Blom JW, Doggen CJ, Osanto S, Rosendaal FR. Malignancies, prothrombotic mutations, and the risk of venous thrombosis. JAMA. 2005;293(6):715-722.

(3) Horsted F,West J, Grainge MJ. Risk of venous thromboembolismin patients with cancer: a systematic review and meta-analysis. PLoS Med 2012;9(07):e1001275

(4) Heit JA, Silverstein MD, Mohr DN, Petterson TM, O’Fallon WM, Melton LJ III. Risk factors for deep vein thrombosis and pulmonary embolism: a population-based case-control study. Arch Intern Med 2000;160(06):809–815 (5) Farge D, Frere C, Connors JM, et al. 2019 international clinical practice guidelines for the treatment and prophylaxis of venous thromboembolism in patients with cancer. Lancet Oncol. 2019;20(10):e566-e581. doi:10.1016/S1470-2045(19)30336-5