Venous Thromboembolic Events Following Major Pelvic and Abdominal Surgeries for Cancer: A Prospective Cohort Study

Date: Le 25 août 2018

Titre complet: Venous Thromboembolic Events Following Major Pelvic and Abdominal Surgeries for Cancer: A Prospective Cohort Study.

SOURCE URL: doi: 10.1245/s10434-018-6671-7.

Mots clés : Maladie thrombo-embolique veineuse, Cancer, Chirurgie, Facteurs de risque

Auteurs : Serrano PE, Parpia S, Linkins LA, Elit L, Simunovic M, Ruo L, Bhandari M, Levine M.

Rédacteur : Dr. Corinne FRERE

Texte :

La Maladie thrombo-embolique veineuse (MTEV) est la première cause de mortalité dans les 30 jours suivant une chirurgie carcinologique. Comparés aux patients sans cancer, les patients avec cancer ont un risque de thrombose veineuse profonde (TVP) postopératoire et/ou d’embolie pulmonaire (EP) postopératoire multiplié par deux, et un risque d’EP fatale multiplié par trois.

Globalement, chez les patients devant subir une chirurgie carcinologique, le risque de MTEV dépend du type de chirurgie prévue, de la durée de l’anesthésie (>2h), de la durée de l’alitement (> 3j), du type et du stade de cancer, et de facteurs liés au patient (principalement l’âge et les antécédents de MTEV).

Les recommandations internationales sur le traitement et la prophylaxie de la MTEV au cours du cancer préconisent une prophylaxie pharmacologique de quatre semaines en cas de chirurgie carcinologique majeure abdominale ou pelvienne, la littérature ayant clairement démontré le bénéfice d’un schéma d’extension de durée dans cette indication.

L’objectif de cette étude prospective monocentrique était d’évaluer l’incidence de la MTEV et les facteurs de risque de MTEV au décours de l’hospitalisation chez les patients ayant subi une chirurgie abdominale avec prophylaxie pharmacologique sans extension de durée.

Le suivi a été au total de 6 mois, avec échographie de dépistage systématique à 1 mois et questionnaire à chaque visite. L’incidence cumulée de la MTVE a été estimée selon la méthode de Kaplan-Meier, et une analyse multivariée à l’aide d’un modèle à risques proportionnels de Cox a été réalisée.

Au total, 284/357 patients éligibles ont été inclus : 79 (28%) d’entre eux ont subi une laparotomie colorectale, 97 (34%) d’entre eux ont subi une laparotomie hépatobiliaire, 100 (35%) d’entre eux ont subi une laparotomie gynécologique et 8 (3%) d’entre eux ont subi une laparotomie exploratoire sans résection. Tous les patients ont reçu une prophylaxie pharmacologique pré et post-opératoire durant l’hospitalisation (88% d’HBPM) sans extension de durée après sortie de l’hôpital. L’incidence cumulée de MTEV a été de 0.35% (IC 95% 0.05-2.48) à 1 mois, de 2.5% à 3 mois (IC 95% 1.19-5.15) et de 7.2% à 6 mois (IC 95% 4.72-10.97). Une échographie de dépistage effectuée 4 semaines après chirurgie chez 142 patients asymptomatiques s’est avérée négative pour l’ensemble des patients explorés. La distribution des événements ne différait selon le type de chirurgie (ouverte/laparoscopique) ni selon le type de cancer. Dix-sept patients (6.6%) sont décédés (dont deux décès attribuables à la MTEV). Une chimiothérapie postopératoire et le score de Caprini étaient significativement associés à la survenue d’un épisode de MTEV [ratios de risque 3.77 (IC à 95% 1.56-9.12) et 1.17 (IC à 95% 1.02-1.34), respectivement).

Ces résultats diffèrent de ceux précédemment rapportés dans la littérature, notamment de ceux des études ENOXACAN-II (enoxaparine vs. placebo pendant 21 jours après la chirurgie) et  CANBESURE (bemiparine vs. placebo pendant 28 jours après la chirurgie) qui rapportent une incidence plus élevée d’épisode de MTEV à 1 mois (12% de MTEV et 2 % de MTEV symptomatique dans ENOXACAN-II, et 10.3% de MTEV et 3.3% de MTEV symptomatique dans CANBESURE) et à 3 mois. Par ailleurs, deux méta-analyses récentes (Faragasanu et al. Ann Surg Oncol. 2016 et Guo et al. Annals of Surgery. 2017) ont confirmé le bénéfice des schémas d’extension de durée en chirurgie oncologique majeure abdominale et pelvienne.

Les résultats de cette étude observationnelle sont donc à interpréter avec précaution…